Pour que tu m'aimes encore
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CHAPTER 1: C'était notre histoire
Une tempête de neige faisait rage à l’extérieur. Je décidai de rester à la maison ; s’aventurer par un tel temps relevait de la folie. Un film ainsi qu’un chocolat chaud nous accompagneraient Linda, ma meilleure amie, et moi pour cette journée. La projection commençait à peine que quelqu’un frappa à la porte. Quelle ne fut pas ma surprise de constater qui se trouvait là : John Dixon.
Plusieurs mois s’étaient écoulés depuis notre dernière rencontre. Notre séparation avait été terrible. Aussi terrible que la passion qui avait animé notre relation. Alors que j’avais enfin trouvé l’amour, c’était tout nouveau pour lui. Il y a longtemps que je me connaissais, que je savais qui j’étais et l’amour se pointait sous la forme d’un séduisant brun aux yeux bleus au sourire dévastateur. Nous avons eu du bon temps et des aventures hors du commun. Cependant, un nuage planait sur ces beaux jours passés : ni la famille de John ni ses amis ne soupçonnaient mon existence !!! Plus d’une fois, John avait détourné la vérité sur notre relation lorsque l’on rencontrait une connaissance, et ce comportement m’exaspérait. Si j’avais pu deviner ce qui m’attendait, je me serais bien contenté de ces petits mensonges. Lors d’une réception pour une œuvre de charité, John se trouva à court d’idées lorsque vint le moment de m’introduire à un groupe de gens. À cette occasion, fatale pour notre relation, il m’avait humilié devant collègues et amis afin de nier les sentiments que nous partagions. Pendant les jours suivants, John tenta de me reconquérir par tous les moyens possibles et imaginables. Cependant mon amour-propre saignait encore trop abondamment. Le temps fila et ma peine céda place au pardon. C’est dans cet état d’esprit que je l’invitai à entrer et m’enquis immédiatement de la raison de cette visite. Lorsqu’elle le vit pénétrer dans le salon , Linda resta stupéfaite, figée dans son fauteuil.
Une discussion animée s’ensuivit. Il voulait une autre chance. Il souhaitait que nous " revenions " ensemble. Je lui rappelai la raison de notre séparation. Je n’eus le temps de finir la phrase que son visage s’assombrissait et des émotions encore vivides parcouraient ses yeux. Je ne voulais pas souffrir à nouveau, il devait faire la paix avec lui-même tout d’abord. Je ne voulais plus être son grand secret. Il me dit qu’il avait changé… que bien des choses avaient changé. Petit à petit, voulait-il bien m’affirmer, ses amis de même que sa famille furent mis au courant " pour lui ". C’était l’expression employée par John afin d’éviter de se dire gay . Il ne pouvait pas, toujours selon ses dires, vivre sans moi, sans la joie et le calme que je lui apportais. La peur de me perdre à jamais remplaçait maintenant celle de s’accepter tel qu’il était. John me demanda alors si j’avais lu les lettres qu’il m’avait envoyées. Je les avais décachetées, mais je ne les avais pas lues. La peur d’avoir encore plus mal m’avait dicté cette conduite.
Considérant le sérieux de la proposition, je lui répondis qu’une réflexion s’imposait. Je demeurais bouche bée, puis Linda le raccompagna jusqu’à la porte, vu mon état d’impotence temporaire. Je crus deviner un sanglot dans sa gorge serrée par l’émotion. Que faire ? Linda, une fois ressaisie, vint me trouver pour me réconforter. Je ne savais quoi lui dire. Voulais-je retourner auprès de John? Oui, oui et oui !!! Que diable me retînt de sauter dans ses bras ? Ma fidèle amie me fournit une partie de la réponse : elle me fit remarquer que ce fut la première fois où j’avais donné mon cœur sans condition à quelqu’un. Cette personne, en l’occurrence John, avait piétiné la fragile structure de ce cœur. Elle me conseilla alors de chercher les lettres mentionnées par John plus tôt en après-midi. Je les avais bel et bien reçues, mais Dieu seul savait maintenant où j’allais les trouver. Nous nous engageâmes dans une fouille en règle de ma maison où aucune pièce ni aucun meuble ne furent épargnés. Si mon cœur devait s’ouvrir de nouveau pour John, Dieu se devait de coopérer et m’envoyer l’intuition qui me mènerait à ces lettres. La soirée avançait et les pièces à fouiller diminuaient en nombre…Un flot de chagrin m’envahit et faillit me faire abandonner cette opération de sauvetage de deux cœurs brisés. À bout de souffle, et d’émotions, je me rassis penaud dans le fauteuil. Linda vit que le besoin d’être seul dans mes yeux et prit congé en promettant de me rappeler plus tard. Que ferais-je sans elle ?
L’image de John dans un passé pas si lointain se présenta à mon esprit. Beau, grand, le sourire éblouissant ; pourquoi avait-il fait ce qu’il avait fait ? Le destin me devait bien une revanche. Une revanche sur la bigoterie des gens, sur les mensonges auxquels on me confrontait, sur la vérité si simple qui se cachait sous ces inextricables situations. Je me rappelai ensuite l’expression sur son visage lors de sa visite. Il semblait sincère, plaidant devant moi pour retrouver un bonheur qui lui manquait terriblement. Il se doutait sûrement que je ne pouvais toujours pas lui résister. Alors qu’arriverait-il si il gagnait ? Si John était pour réussir sa quête, le moindre que je puisse faire est de m’assurer que cette victoire me soit profitable à moi aussi. Je ramassai le peu de courage et d’ardeur qui me restaient et repris les recherches. Dans l’étagère où reposaient les disques compacts, se trouvait une épaisse enveloppe qui semblait avoir été oubliée là, juste entre Madonna et U2. Ma destinée reposait dans mes deux mains ; des gestes qu’elles allaient poser dépendait le sort de deux individus. Je m’assis lentement et déposai l’enveloppe sur mes genoux, sentant tout le poids de son contenu.
John revint me voir au cours de la même soirée. Il s’enquit de ma réponse, cette précieuse réponse. Je ne dis rien : je m’approchai de lui, l’enserrai dans mes bras et lui murmurai quelques mots à l’oreille. La réaction fut instantanée : John me serra encore plus fort. Je retrouvai alors cet état de pur bonheur dans les bras de l’homme que j’aimais. Quelques larmes perlaient du coin de ses yeux bleus et s’échouèrent sur les contours de mon visage. " Plus jamais " me dit-il. Je sus alors que j’avais pris la bonne décision. Mes blessures étaient pansées. J’avais retrouvé les lettres. Pour une fois, il n’avait pas menti.
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